Archive pour avril 2007

Je sais aussi écouter la radio

Jeudi 26 avril 2007

Je cite :
Madame : « j’aurais pu mettre le CD du logiciel dans le lecteur, essayer de comprendre le mode d’emploi… »
Monsieur : « j’aurais pu mettre la chemise brûlée à la poubelle… »

Est-ce un hasard si dans le spot publicitaire pour les services d’aide à la personne c’est une femme qui est nulle en informatique et l’homme incompétent en repassage ? Pardon, j’aurais dû écrire : la femme qui est incompétente en informatique et l’homme nul en repassage. Un homme n’est jamais incompétent, lui, je devrais pourtant m’en souvenir, on nous le rabâche à longueur de journée.

Je reprends : est-ce un hasard ? Je ne sais pas pourquoi, mais j’en doute.

Impression soleil votant

Mardi 24 avril 2007

Vous avez pu le manquer alors je vous l’annonce: avant-hier se déroulait le premier tour de l’élection présidentielle en France. Malgré le beau temps, les gensss sont allés voter et c’est fantastique. Bon, voilà qui est dit. En temps qu’assesseure (assesseuse ? assessière ?), du coup, j’ai passé toute la journée debout et j’étais un peu rémoulue courbattue au moment de la fermeture. D’habitude, dans un bureau de vote, les assesseurs s’ennuient un peu. Si si, il faut bien l’avouer, c’est un peu tristou de rester enfermer avec des personnes qu’on ne connaît pas toute une journée. On ne les connaît pas, mais on sait qu’ils sont aussi militants politiques, ou au moins sympathisants et donc, le plus souvent, engagés dans un camp adverse. Du coup, pleins d’a priori, on se regarde un peu en chien de faïence et si ce n’est pas le cas, si les présents sont plutôt sociables, la conversation n’en reste pas moins très plate. Ben oui, voyez-vous, dans les bureaux de vote, on n’est pas censé parler politique. Tout le monde sait plus ou moins qui représente qui, ce que pensent le président du bureau et les assesseurs, mais il ne faut pas s’exprimer haut et fort sur l’enjeu en cours.

En général, donc, on regarde le temps passer, on laisser aller sa pensée et on s’amuse très bien tout seul. Mais hier, point du tout. Hier c’était très différent. Près de 88 % de votants dans mon bureau. C’est dire que pratiquement tout de monde est passé. La rêvasserie naturelle de l’assesseur a donc pu nettement s’enrichir. Enquête sociologique, paris, étude de moeurs, recueil des bons mots (ah ah), sans oublier l’exercice physique, la gamme expérimentale mise à disposition s’est fortement diversifiée. Voici un passage en revue lacunaire des activités, hors comptage et dépouillement :

 

  • accueil des électeurs (avec sourire pour travail des muscles faciaux)
  • relevé de données statistiques sur le verbe (% de « Il y en a beaucoup. », de « On est obligé de tout prendre ? », de « Quel gaspillage ! »…) et sur le geste (quel type statistique d’électeur réussit le mieux la collecte des douze bulletins, sans en attraper plusieurs à la fois ?)
  • répétition des réponses hautement spirituelles (« Dans quinze jours il n’y en aura plus que deux », « il faut garantir le secret du vote », « il s’agit de papier recyclé », « les supermarché et autres boutiques en gaspillent beaucoup plus. C’est nécessaire à l’exercice de la démocratie »…
  • maintien obligatoire du niveau des tas de bulletins
  • course après les bulletins qui s’envolent dans les courants d’air
  • explication du modus operandi aux primo-votants
  • guidage des électeurs ayant visiblement déjà fêté la victoire ou noyé la défaite
  • et, très important, exercice d’empire sur soi-même pour conserver sa zénitude devant la rationalité, l’impartialité et l’intelligence crasse de certains

 

Tout ça permet aussi de moins angoisser. Dans l’ensemble, être assesseur, c’est intéressant et enrichissant. Je le recommande. Vivement dimanche 6 mai.


Côté obscur

Jeudi 19 avril 2007

 

 

Et oui, je sais, je ne suis pas venue depuis un bail. C’est que je suis occupée, moi. Occupée à ruminer ma colère, à la sentir grandir, grossir, enfler, brèfle, tout ce qui ne faut pas avant l’été si elle veut se mettre en maillot sans honte, la colère… Tous les magazines féminins vous le diront (oui-dire).
Ce qui est fun, en outre, c’est que tous les ingrédients arrivent fort à propos (et tout conspire à me nuire…). D’un côté, vous prenez un candidat à l’élection présidentielle, fort d’une volonté de dépistage des délinquants (entendez tous ceux qui ont un trouble du comportement) à la maternelle, qui continue à saupoudrer son petit bonhomme de chemin ses idées avancées sur la génétique et la société : et que les autistes, les dépressifs, les suicidaires et les pédophiles c’est la même chose, c’est génétique, emballez c’est pesé, et que de toute façon on ne peut rien pour eux alors qu’ils ne viennent pas emmerder* ceux qui ont un parcours garanti génétiquement sans tache, non mais. Vous ajoutez une louchée de reportage laudateur sur les techniques barbares (j’ai trop d’affection pour le Moyen âge pour l’impliquer dans ce coup là) de « traitement » de l’autisme, bucoliquement appelées packing, sur une chaîne de service publique indument surnommée chaîne du savoir, et vous mettez au four, c’est à dire dans mon esprit. Et là, magique, pas besoin de levure chimique (pouah), ça gonfle tout seul et ça s’auto-alimente. Comme cette histoire traîne depuis un bon moment, vous imaginez aisément que ça déborde. Il va falloir prochainement faire évacuer la population, parce que quand ça va exploser, risque d’y avoir des dégâts… Heureusement, j’ai ma petite soupape blog, alors j’en profite pour évacuer le trop plein de vapeur.
Là, c’est sûr, je vais perdre le peu de lecteurs qui me restaient après le dernier post. Je le savais, je ne devais pas mettre le petit doigt dans l’engrenage, mais rester dans des sujets légers. Enfin bon, la cuisine, c’est léger, non ?
*Attention, mot grossier : signe d’une colère intense.

Pour illustrer mon propos, je vous renvoie sur le site de France 5 ici, (Le 17/04 Le service pédopsychiatrique de l’hôpital de jour La Pomme bleue, à Bordeaux) et sur la page du courrier adressé à la chaîne par Autisme France ().

(suite…)

Le jour où le ciel m’est tombé sur la tête

Vendredi 13 avril 2007

En fait, il s’agit de la deuxième chute de ciel sur ma tête. La première, je préfère ne pas la bloguer pour le moment, mais la deuxième (j’aimerais écrire la seconde), finalement, je suis à présent en mesure de l’évoquer. Rien que parce que maintenant je sais, pour en avoir discuté avec beaucoup de gens différents, que c’est une histoire largement partagée.

Voilà : le ciel m’est tombé sur la tête le jour où ma copine Linda, qui était venue avec moi choisir « la »robe qu’il me fallait pour « le » coquetèle, est arrivée le jour dudit coquetèle avec la même robe.

Naaan, ce n’est pas ça, je rigole. Je n’ai pas d’amie qui s’appelle Linda et je ne fréquente plus les coquetèles. Non, le ciel a fini de descendre brutalement sur ma tête le jour où j’ai appris pourquoi mon petit garçon me paraissait toujours si décalé et où j’ai accolé à son doux prénom le mot étrange d’autisme. Sur le coup, assommée, je n’ai pas cru le messager. Le messager, en fait, c’est le papa. Parce que, bien entendu, personne d’autre n’avait été capable jusque là de poser le diagnostic. Insatisfait des réponses apportées par les bien-disant spécialistes, consultés après la suggestion appuyée de la directrice de la crèche, M. R. a fini par se tourner vers the spécialiste en tout : le moteur de recherche. Rien qu’en soumettant trois ou quatre critères, il a vu déferler sur lui des dizaines d’entrées menant vers un monde alors nouveau pour nous : les sites consacrés à l’autisme. Moi, bien sûr, telle sainte Thomette (patronne du carrelage), je lui ai dit : « Mais enfin, si c’était le cas, Madame Duschmol, spécialiste de la spécialité, nous l’aurait dit. » Réponse de M. R. : « C’est bien pour cela que je vais l’appeler tout de suite. »

Je vous retranscris une parmi toutes les réponses pleines d’assurance de ladite spécialiste : « Ah non, vous savez, j’ai beaucoup travaillé avec (elle n’a pas osé dire « sur ») des personnes autistes : c’est très différent. Votre enfant souffre d’une psychose infantile à tendance autistique. » Quand même. Mais, nuance. Bon OK. C’est vrai à la fin, pour une jeune pédopsychiatre formée à l’école de la psychanalyse, un enfant de trois ans qui rit beaucoup, est capable de parler, sait compter, aime les câlins et embrasse volontiers les gens qu’il apprécie ne peut pas être autiste. Sauf que. Sauf qu’elle aurait quand même dû savoir ce que nous avons appris depuis, nous parents sans aucune formation médicale ni psychiatrique : il existe, pour schématiser, plusieurs manifestations de cette différence neurodéveloppementale. Et il existe aussi des psychiatres qui le savent (mais, à sa décharge, depuis peu : seulement depuis les années 40). Maintenant que notre héros au regard si doux a bien grandi et que nous avons des connaissances approfondies, il n’y a pas de doute, il est autiste. Ah oui, j’oubliais aussi -pourtant c’est important- ajout de cette représentante de la Faculté ed’médecine (qui, comme dirait Coluche, ne les avait pas, toutes ses facultés) : « de toute façon, c’est la faute de la mère ». Heureusement, puisqu’elle tenait à sa vie, elle n’a pas osé le dire comme ça devant le papa. Jetez la pierre à cette horrible mère qui ne fait jamais rien de bien. Elle aime trop son enfant (ou pas assez), elle ne le regarde pas assez (ou trop), elle refuse de le voir grandir (ou pas). Enfin brèfle, si vous n’avez pas de méchante belle-mère sous la main, je vous conseille d’aller consulter une pédopsy tendance lacanienne en lui parlant d’autisme, elle remplacera avantageusement.

Suite au prochain épisode. Pour conclure provisoirement, tout de même, près de six ans plus tard, j’ai de relativement bonnes nouvelles du front : la famille s’est agrandie (inconscients que nous sommes, nous avons offert au monde deux enfants de plus) nous ne nous en sortons pas trop mal, nous avons développé nos techniques de combat jedi contre le côté obscur tapi toujours trop près de nous et prêt à fondre sur sa proie. Nous avons le bonheur d’être entourés de familles et d’amis ouverts, tolérants et généreux qui acceptent le jeune Padawan comme un enfant à part entière (ce qu’il est, n’en doutez pas) et qui, cerise sur le gâteau, n’imaginent même pas qu’il pourrait en être autrement. Je leur en suis extrêmement reconnaissante et je leur répète toute mon admiration.

Spéciale dédicace

Mardi 3 avril 2007

Bientôt les vacances. Jouons un peu… Aujourd’hui : reconnaissance visuelle. De quel film culte est tirée cette image ?

bleichemutter.jpg
Image : Jürgen Jürges

 

L’année prochaine, peut-être…

Lundi 2 avril 2007

Si je pouvais, j’irais bien au cinéma plus souvent. C’est ce qui me manque le plus, à vrai dire, après la lecture. Vous me direz, pour lire, point n’est nécessaire de sortir de la maison, c’est plus facile que le cinéma. C’est justement là le problème. Comme je suis à la maison, je vois l’ampleur de la tâche à accomplir et c’est Panique qui entre en scène. Du coup, je n’ai plus l’espace nécessaire dans le cerveau pour laisser place au texte. Et quand ce n’est pas Panique, c’est la sournoise Culpabilité qui rôde pour anéantir tout espoir d’une lecture sereine. Le coup de grâce est en général asséné par Fatigue, qui reste toujours prête à sévir. Pourtant, j’en suis sûre, mon cerveau est de taille standard, tous les neurones sont présents et aptes au service. Je pourrais regarder T*F*1, mais il paraît que l’espace dégagé par cette méthode extrêmement violente est réservé à Co*ca Cola. Du coup, ma moyenne a sérieusement baissé, j’en suis poussivement à un ou deux livres par semaine et même si j’ajoute les revues et la presse quotidienne, tout ça a un goût de trop peu.

En ce moment repasse La Sentinelle, mais, je vous le donne en mille, la séance est le mercredi à 19 h 30. Essayez de trouver une heure et un jour moins propices pour une mère de famille. Si vous réussissez, vous gagnez toute mon estime, ce qui est mieux que rien. Je me rabats donc sur les DVD. C’est un ersatz, mais c’est acceptable. Lorsque je réussis à vaincre Panique et Culpabilité avec le sabre laser, la bombe Spid*erman et la baguette H. Potter aimablement laissés à disposition par mon fils (entendez « gisant, abandonnés, au milieu du salon »), je consacre deux heures à un film en essayant de ne pas me dire : « tu vois, là, tu pourrais lire ». Ce qui me sauve, c’est que le cinéma à la maison, c’est plus convivial : je partage le film avec mon compagnon de cœur (mais pas toujours d’esprit lorsqu’il faut choisir le programme). Et si finalement Fatique réussit à me vaincre, j’ai la consolation d’être blottie au chaud sur le canap’ tout contre lui, lui qui a promis un jour notamment de m’offrir secours et assistance. Du coup, comme c’est un homme d’honneur, il fait son devoir : il me raconte la fin.