Le jour où le ciel m’est tombé sur la tête

En fait, il s’agit de la deuxième chute de ciel sur ma tête. La première, je préfère ne pas la bloguer pour le moment, mais la deuxième (j’aimerais écrire la seconde), finalement, je suis à présent en mesure de l’évoquer. Rien que parce que maintenant je sais, pour en avoir discuté avec beaucoup de gens différents, que c’est une histoire largement partagée.

Voilà : le ciel m’est tombé sur la tête le jour où ma copine Linda, qui était venue avec moi choisir « la »robe qu’il me fallait pour « le » coquetèle, est arrivée le jour dudit coquetèle avec la même robe.

Naaan, ce n’est pas ça, je rigole. Je n’ai pas d’amie qui s’appelle Linda et je ne fréquente plus les coquetèles. Non, le ciel a fini de descendre brutalement sur ma tête le jour où j’ai appris pourquoi mon petit garçon me paraissait toujours si décalé et où j’ai accolé à son doux prénom le mot étrange d’autisme. Sur le coup, assommée, je n’ai pas cru le messager. Le messager, en fait, c’est le papa. Parce que, bien entendu, personne d’autre n’avait été capable jusque là de poser le diagnostic. Insatisfait des réponses apportées par les bien-disant spécialistes, consultés après la suggestion appuyée de la directrice de la crèche, M. R. a fini par se tourner vers the spécialiste en tout : le moteur de recherche. Rien qu’en soumettant trois ou quatre critères, il a vu déferler sur lui des dizaines d’entrées menant vers un monde alors nouveau pour nous : les sites consacrés à l’autisme. Moi, bien sûr, telle sainte Thomette (patronne du carrelage), je lui ai dit : « Mais enfin, si c’était le cas, Madame Duschmol, spécialiste de la spécialité, nous l’aurait dit. » Réponse de M. R. : « C’est bien pour cela que je vais l’appeler tout de suite. »

Je vous retranscris une parmi toutes les réponses pleines d’assurance de ladite spécialiste : « Ah non, vous savez, j’ai beaucoup travaillé avec (elle n’a pas osé dire « sur ») des personnes autistes : c’est très différent. Votre enfant souffre d’une psychose infantile à tendance autistique. » Quand même. Mais, nuance. Bon OK. C’est vrai à la fin, pour une jeune pédopsychiatre formée à l’école de la psychanalyse, un enfant de trois ans qui rit beaucoup, est capable de parler, sait compter, aime les câlins et embrasse volontiers les gens qu’il apprécie ne peut pas être autiste. Sauf que. Sauf qu’elle aurait quand même dû savoir ce que nous avons appris depuis, nous parents sans aucune formation médicale ni psychiatrique : il existe, pour schématiser, plusieurs manifestations de cette différence neurodéveloppementale. Et il existe aussi des psychiatres qui le savent (mais, à sa décharge, depuis peu : seulement depuis les années 40). Maintenant que notre héros au regard si doux a bien grandi et que nous avons des connaissances approfondies, il n’y a pas de doute, il est autiste. Ah oui, j’oubliais aussi -pourtant c’est important- ajout de cette représentante de la Faculté ed’médecine (qui, comme dirait Coluche, ne les avait pas, toutes ses facultés) : « de toute façon, c’est la faute de la mère ». Heureusement, puisqu’elle tenait à sa vie, elle n’a pas osé le dire comme ça devant le papa. Jetez la pierre à cette horrible mère qui ne fait jamais rien de bien. Elle aime trop son enfant (ou pas assez), elle ne le regarde pas assez (ou trop), elle refuse de le voir grandir (ou pas). Enfin brèfle, si vous n’avez pas de méchante belle-mère sous la main, je vous conseille d’aller consulter une pédopsy tendance lacanienne en lui parlant d’autisme, elle remplacera avantageusement.

Suite au prochain épisode. Pour conclure provisoirement, tout de même, près de six ans plus tard, j’ai de relativement bonnes nouvelles du front : la famille s’est agrandie (inconscients que nous sommes, nous avons offert au monde deux enfants de plus) nous ne nous en sortons pas trop mal, nous avons développé nos techniques de combat jedi contre le côté obscur tapi toujours trop près de nous et prêt à fondre sur sa proie. Nous avons le bonheur d’être entourés de familles et d’amis ouverts, tolérants et généreux qui acceptent le jeune Padawan comme un enfant à part entière (ce qu’il est, n’en doutez pas) et qui, cerise sur le gâteau, n’imaginent même pas qu’il pourrait en être autrement. Je leur en suis extrêmement reconnaissante et je leur répète toute mon admiration.

Une réponse à “Le jour où le ciel m’est tombé sur la tête”

  1. Claude dit :

    Il est vrai que la seule fois que j’ai rencontré une pédopsy Lacanienne, je ne sais pas pourquoi, j’ai pensé à la chanson de Claude François : »Si j’avais un marteau … »

Laisser un commentaire