C’est un peu trop facile, Madame !

« Parce que c’est un peu trop facile, Madame, vous comprenez, vous ne pouvez pas profiter de votre statut de mère d’enfant handicapé pour arrêter de travailler ! »

Tel quel. Si si, je vous assure, l’assistante sociale chargée du dossier de demande de complément AEEH*, m’a téléphoné personnellement pour me dire cela…

C’est vrai, j’exagère, j’abandonne un métier que j’aime, pour lequel j’ai fait de longues années d’études et pour lequel je suis payée relativement correctement pour me la couler douce à la maison, sans statut social, à m’occuper de mon fils autiste pour lequel aucune prise en charge efficace n’est prévue dans notre pays et profiter largement de ce que m’accorde royalement la CDAPH** pour vivre (sans protection de santé, ni points de retraite, of course). Ajoutez à cela la haute considération dans laquelle les honnêtes citoyens tiennent les « mères au foyer » (quelle horrible expression, autant se foutre au feu tout de suite).

Se débrouiller seule (ou avec les quelques personnes que l’on peut rencontrer et qui vivent des cas similaires : coucou les amis !) pour trouver ce qui ne va pas, comment aider au mieux, trouver les méthodes qui fonctionnent pour le rendre le plus autonome possible, voilà mon combat quotidien. Parce oui, il est possible d’arriver à une autonomie de vie et, pour tous ceux qui ne font que chiffrer la vie en terme d’argent, éviter ainsi les institutions d’accueil extrêmement coûteuses.

Cette charmante personne m’a indiqué que la commission décisionnaire ne prenait en compte que le temps que je devais passer avec mon petit garçon et que je ne passerais pas avec un enfant qui n’aurait pas de handicap. En gros, puisqu’il est à l’école de temps en temps, je pourrais parfaitement exercer une activité professionnelle. Il est si simple de trouver un employeur qui cherche quelqu’un de 9 h 30 à 11 30 les lundis et vendredi et de 14 h à 16 h les mardis et jeudis. Ah non, c’est vrai, je peux aussi travailler quand il dort : de 21 h à 23 h 30 (permettez que je dorme quand même cinq ou six longues heures par nuit…)
Sauf que. Sauf que lorsqu’il est à l’école, je me documente, je prépare le matériel et les exercices à faire avec lui lorsqu’il est présent. Sauf que lorsqu’il est rentré, je passe plusieurs heures avec lui pour faire ses devoirs officiels et les exercices supplémentaires que je lui soumets pour l’entraîner aux habilités sociales.J’ai toujours usé de beaucoup de pédagogie quand je le voyais en difficulté et ça, depuis sa naissance. Ça n’a pas empêché que les troubles du comportement aillent grandissant au fil du temps. Il y a énormément de facteurs extérieurs et intérieurs que nous ne maîtrisons pas et que nous ne pouvons pas maîtriser. J’ai toujours l’impression de monter des digues branlantes, soutenues par des contreforts de guingois, tout au long de son chemin pour qu’il puisse avancer sans s’écrouler dans les fossés. Et je sais que je ne suis pas la seule, loin de là.

Lorsque je lui ai fait la liste (non exhaustive, loin s’en faut) de ce que je fais dans la journée pour mon petit garçon, la charmante dame m’a simplement dit : « Si vous y tenez, vous pouvez déposer une demande, mais vous savez, il faut éviter de noyer la Commission sous les demandes (elle n’a pas osé ajouter « injustifiées » et « égoïstes »), ils sont débordés, ils ont tellement de travail… »

* Allocation d’éducation de l’enfant handicapé **Commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées. Rien que pour comprendre le fonctionnement, les sigles et apprendre le vocabulaire de l’administration, il en faut du temps…

3 Réponses à “C’est un peu trop facile, Madame !”

  1. art.truK dit :

    c’est dingue..comment est-ce possible de garder son calme dans ces moments-là.. non je sais bien que la colère est un argument de plus qui se retourne contre nous mais franchement..
    évidemment le pb n’est pas non plus (que) cette A.S là, mais bien tout le système.. si, à défaut de t aider, elle pouvait au moins éviter de débiter des inepties..
    courage..

  2. une buveuse de thé dit :

    C’est révoltant, j’ai toujours eu des a priori hypers négatifs sur les AS dans ce genre de cas (j’ai une longue expérience dans le médico social), celle là ne va pas les améliorer.
    Je sais que cela peut paraître dérisoire, mais s’il y a un moyen pour des étrangers liseurs de blog de t’apporter une aide n’hésite pas.

  3. Aphykit dit :

    C’est gentil, merci à vous. En fait, c’est une anecdote parmi bien d’autres dans le parcours semé d’embûches de la vie des parents d’enfants handicapés. J’en ai plein ma musette (comme notre séprident). Je l’ai choisie parce qu’elle me paraissait tellement énorme qu’elle en était drôle. Non ? C’est peut-être que j’ai un sens de l’humour particulier, passé le premier mouvement de colère.

    Je pense cependant que je n’ai pu développer cette faculté de distanciation que parce que ma vie est malgré tout assez plaisante par ailleurs. Si les gens étaient plus tolérants, plus ouverts, moins nombrilistes, moins pathétiquement apeurés (ce que sont heureusement nombre de nos concitoyens, soyons justes), bref, si le monde était moins con, qu’est-ce que nous serions bien…

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