Mardi : réunion des directeurs d’école du groupe scolaire, suivie de l’assemblée générale des parents d’élèves, dont je suis. Pour l’occasion, bizutage à distance de la nouvelle directrice de l’école de mon fils par les autres enseignantes. Très contente de l’annonce qu’elle doit nous communiquer, c’est tout sourire qu’elle nous dit : « Pour financer en partie la classe de mer, nous allons lancer une opération « vente de bulbes » d’ici la fin du mois. Les enseignants s’impliqueront bénévolement dans cette action. » Je pense que si elle avait lancé une bombabouse au milieu de la salle, l’effet n’aurait pas été si grand. L’ambiance a été pourrie tout de suite. Et pour tout le monde. Ce qui m’étonne, c’est que sur quinze parents présents (et oui, sur près de six cents élèves, quel succès !) seuls deux, dont moi, ont réagi.
Je vous explique le principe : un producteur de plantes à bulbe hollandais a découvert un merveilleux filon. Plutôt que de payer des commerciaux pour vendre ses produits, il propose tout simplement aux écoles, contre récompense, de faire travailler gratuitement les enfants. La main d’oeuvre ainsi constituée, munie de catalogues et de bons de commande, est chargée de démarcher des clients et de vendre les bulbes. Ce qui constitue, en outre, une concurrence déloyale pour les commerces « tout pour votre jardin » des alentours. Si l’école a la chance de faire un chiffre d’affaire de plus de 20000 euros, elle récupère pour l’école 40 % du bénéfice plus un ballon, offert au meilleur vendeur pour motiver les troupes. Comme il ne faut pas abuser de la philantropie, l’école doit aussi régler les frais de livraison. Pour pénétrer ces lieux censés protéger les enfants d’une société de consommation abusive, l’entreprise a lancé une grande opération de parrainage. Je me demande qui a accepté de faire l’intermédiaire pour se couvrir de bulbes (pouah ! enfin, mieux vaut les bulbes que les bubons).
Question des parents d’élèves : « Personne ne vous a averti que cette opération, il y a quatre ans, avait entraîné une protestation des parents d’élèves ? »
Directrice : « Si, mais vous savez, cette année nous avons décidé qu’il n’y aurait pas de prime au meilleur vendeur (en gros, c’est donc elle qui garde les ballons). C’est pour les enfants, vous savez. Les enseignants sont bénévoles ».
Encore heureux ! En plus, les instits ont calculé (mal) que les parents impliqués dans l’affaire étaient tous partis faire de l’agitation au collège. Sauf qu’il en reste, des qui avaient à l’époque des enfants en maternelle, genre…
La plupart des parents, donc, n’a pas perçu l’énormité de la proposition. Un des parents, prétendant que l’affaire ne regardait que les parents de la classe, a tranché en disant que tout était réglé puisque ces derniers accepteraient. Le souci pour lui, c’est que mon fils est dans cette classe.
Non seulement je leur impose un enfant autiste dans l’école, et que même du coup aucun n’élève n’intègrera jamais une grande zécole tellement le niveau va zêtre nul, mais en plus je vais coller mon nez et mes pieds dans la prise de décision. Je sens que l’année va être chaude.
T’es ma hérote. Révolution
En plus, même si le principe n’était pas odieux, de toute façon il est débile. Parce que qui va acheter le plus de bulbes pour faire plaisir à son enfant vendeur? Le parent d’élève. Alors autant qu’il file directos cette somme à l’école, ça gagnera du temps, de l’argent et des intermédiaires.
Ouh la la, comme tu y vas. Une chose à la fois… Déjà que faire comprendre les implications du coup du bulbe, ce n’est pas simple, mais alors pour le reste…
Ca fait des années que je suis censée faire des crêpes ou des gâteaux que je rachète ensuite 2 euros la part à l’école et donc ça fait des années que j’essaie d’expliquer que c’est idiot et que ce n’est pas aux parents de financer l’école. Résultat, je porte un casque parce que je sais d’avance que je vais me heurter à un mur…
Parmi les quelques parents d’élèves, la majorité est intéressée uniquement par les actions qui rapportent de l’argent. Les combats pour la laïcité, la protection de l’enfance, la santé publique, pour n’en citer que quelques uns, les laissent indifférents. Faut-il désespérer ?
Vous avez deux heures pour me rendre la copie.
le coup des gâteaux, pareil, ça m’horripile. (j’adore ton bloug, 1 il est drôle et 2 on peut râler et râler j’adooooore presque autant que dormir et manger des sushi)
Et là je réponds (avec du retard mais bon hum j’ai du boulot plein) OUI il faut désespérer. Parce que ce que ça veut dire, c’est que les gens sont plus inquiets de ce qui se passe dans leur porte-monnaie et préfère passer du temps à payer 10 euro de moins pour un voyage scolaire plutôt que de faire en sorte que certaines choses bien plus importantes soient respectées. Et en général ce sont ceux pour qui 10 euro de plus ou de moins ne sont pas un problème qui sont les premiers à vouloir vendre des gâteaux et à se moquer des combats dont tu parles.
entre vendre des gâteaux et faire vendre aux enfants des bulbes au bénéfice d’une multinationale, il a un monde ! Je suppose que tout ça est géré par une association ? (car ça ne peut pas l’être par l’école directement), et l’asso gérée et présidée par des parents d’élèves ? Si oui, pas grand-chose à faire de plus que dire haut et fort ce que tu penses comme tu l’as fait et informer que ton enfant ne participera pas….. Si non, c’est pas légal ! Et normalement ce n’est pas la directrice qui décide de ce que va faire l’asso au bénéfice de l’école…
Si si, c’est bien l’école elle-même qui organise tout cela. L’association de parents d’élèves, j’en fais partie (je suis même élue au bureau), n’a pas été consultée. Le problème, c’est que nous ne sommes que deux à dénoncer le procédé, même au sein de l’association de parents d’élèves.
Hé dis donc j’ai l’impression que l’on a le même don pour se faire des amis!
eci dit je comprends tout à fait que le prinicpe soit dénoncé, c’est même dommage que vous ne soyez que deux, les parents d’élèves font ils bientôt accepter que leurs enfants cousent des ballons une après midi par semaine pour financer des activités?
Les leurs non, ceux des autres, pourquoi pas ?
Cette triste histoire me rappelle des souvenirs. C’était il y a 20 ans , le marketing n’était pas aussi efficace mais les grands problèmes éducatifs étaient les mêmes :
1) l’école n’a pas de sous et a besoin de sous (allons bon, l’école n’est-elle pas financée par l’Etat ?)
2) C’est pour quoi faire les sous ? Ah c’est pour acheter des cadeaux aux enfants pour Noël ! Les enfants n’ont pas assez de cadeaux à Noël ? Vous croyez ? Si vous insistez on va leur acheter des livres, tous les enfants n’ont pas de livres à Noël..
Je croyais que l’on devait créer une BCD à l’école ? Ah c’est reporté ?
3) Donc, projet d’année : la kermesse.
La kermesse, c’est le même principe que les bulbes et ça a l’avantage d’occuper les parents toute l’année : avant la kermesse, pendant la kermesse et après la kermesse (pour compter les sous).
Pendant que les parents sont occupés avec la kermesse ils n’ont pas le temps de penser aux choses sérieuses et surtout de réclamer des moyens aux autorités compétentes.
Après quelques années de kermesse on finit pas se dire qu’on a dû se tromper d’association et on tire sa révérence.
Bonjour Chris, ravie de te compter parmi nous.
Je suis très tentée de tirer ma révérence, face à tous ces parents qui ne se préoccupent que de gagner de l’argent, mais je crois que je vais résister sinon il n’y aura plus grand monde pour défendre la laïcité, la gratuité, l’égalité, tous ces beaux principes tellement mis à mal aujourd’hui…
Quand j’étais petite on nous faisait vendre du mimosa et des billets de tombola. J’avais horreur de ça. J’allais frapper aux portes de mon immeuble (mais 12 gosses étaient passés avant moi) j’étais morte de honte et de timidité. Merci de m’ouvrir les yeux. Ma fille n’est pas encore rentré à l’école mais je me doute bien qu’on va lui faire le même coup. Je n’avais pas même pas imaginé qu’on pouvait tout simplement refuser, cruche et naïve que je suis. Merci de nous ouvrir les yeux!!!
(même 10, je parie qu’il va être réélu!)
Quand au financement de l’école publique, je pense qu’on a 5 ans pour en faire notre deuil
Il est vrai que la pression est telle, même si elle est niée par les organisateurs de ces ventes, qu’il est difficile de refuser.
Le financement de l’école publique, je suis d’accord avec toi, va beaucoup souffrir dans les années à venir et je pense même qu’au delà les outils pour redresser la balance seront dans un état tel qu’il sera très difficile de revenir en arrière. Ce qui ne veut pas dire qu’il faut abandonner la lutte. L’école publique est une belle idée qui vaut que l’on se batte pour elle.