Classe de mer, le retour.
Hier, rencontre avec l’enseignante de Monsieur L. Tout sourire, mais ferme. En gros, elle ne voit pas pourquoi je viens la voir. Pour elle, mon petit garçon ne peut pas venir. Un point c’est tout. Elle a tout prévu comme ça et ne changera pas d’un iota. Elle a prévu d’être sur l’eau tout de temps, un point c’est tout. Je sais parfaitement qu’il est possible de choisir d’autres activités. Les autres années, les enseignants avaient choisi des programmes qui auraient été plus adaptés, mais cette année, pas de chance.
Question : « dans les activités proposées, il y avait ornithologie »
Réponse : « oui, mais moi je n’ai pas choisi ça »
Question : « lecture de cartes marines ? »
Réponse : « je n’ai pas choisi ça. »
C’est comme ça. Il est traité comme un enfant comme les autres, d’après elle. C’est sa vision de l’intégration, de la vie en société : tout le monde pareil. A la cantine, bras ou pas : pas d’aide. Devant un escalier, fauteuil ou pas : pas d’aide. Pour traverser la route : aveugle ou pas, pas d’aide… S’ils veulent s’insérer, ils n’ont qu’à faire des efforts, tous ces handicapés, c’est vrai après tout. Faudrait voir à ne pas perturber la ligne droite et claire de la vie par des demandes inconsidérées.
Question : « Et s’il réussit à passer le test pour aller sur l’eau ? »
Réponse : « Ce ne sera pas possible. Et s’il se lève dans le bateau ? Il faudra que nous rentrions tous au centre. Je ne vais pas pénaliser tous les autres enfants ! »
Question : « Mais lui, ce n’est pas grave de le pénaliser ? »
Réponse : « Le pénaliser ? Mais est-ce qu’il se rend vraiment compte ? Si c’est pour faire de l’intégration pour l’intégration… »
Je me suis arrêtée là pour l’entretien. J’ai appelé l’enseignante référente. Elle m’a dit qu’elle allait convoquer une réunion à ce sujet. Elle m’a dit qu’elle connaissait la position de l’inspectrice chargée de l’intégration, position qui consiste à dire qu’il faut être suffisamment souple pour, tout en respectant le même programme, faire en sorte que tous les enfants participent à toutes les activités. Elle m’a dit que cette position était difficile à tenir devant les enseignants. Je lui ai demandé si je devais faire tout de suite un courrier à l’inspecteur. Elle m’a dit « Oh non attendez, vous savez, il faut ménager les gens. »
Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai la nette impression qu’il y a quelqu’un qu’eux ne songent pas trop à ménager. M’enfin, puisqu’il paraît qu’il ne se rend pas compte…
« Je suis malheureux »
« Pourquoi es-tu malheureux ? «
« Parce que je pleure »
« Et pourquoi pleures-tu ? »
« Parce que je ne vais pas aller en classe de mer »
« C’est important pour toi, d’aller en classe de mer ? »
« oui. Je veux aller avec les autres ».
Allez, mon fils, je trouve que nous pleurons un peu trop tous les deux. Nous allons sécher nos larmes et nous allons nous battre. Comme de preux chevaliers, pour défendre l’honneur d’une société qui le perd peu à peu. Mais rassure-toi, nous ne serons pas seuls. Je connais des tas de gens qui sont prêts à se battre à nos côtés. Merci les gens.
Je viens de finir les archives et quand je lis ce qui precede je me dis qu’il n’y a malheureusement plus de doute, on vit dans un monde de cretins patentes… Je me suis moi meme battue au cote de mon mari pour faire reconnaitre son handicap sans succes et je sais comme cela peut etre frustrant d’avoir l’impression d’etre les seuls a comprendre… Bon courage pour le combat je croise les doigts pour que ca marche!!!
c’est dingue d’etre bouchée à ce point là.
je n’imagine pas quelle peut être ta vie tous les jours avec ton enfant car je ne connais personne qui a ce handicap pourtant il me faut moins de 5 secondes pour me dire que ta vie et celle de ton fils doivent être plus compliquée et plus fatiguante que la moyenne alors la moindre des choses ça serait d’essayer de vous faciliter les choses au lieu de vous mettre des batons dans les roues. On voit bien qu’il est hors de question qu’elle fasse un effort supplémentaire et qu’elle sorte de son petit chemin tout tracé.
c’est de l’egoisme forcené, ca me fait enrager.
si t’as besoin d’aide pour aller lui crever ses pneus, je viens avec toi!!! des fois ça doit soulager
Ah punaise, ça m’énerve tellement pour vous. C’est pas juste de vous faire pleurer comme ça. je suis derrière toi (et j’en connais d’autres. Ma môman est partie en classe de mer avec ses élèves une bonne dizaine de fois, elle a toujours emmené tout le monde, handicap ou pas, la question ne se posait même pas)
Courage
Ouh là, elle a raison de se méfier, l’instit’ : l’amour et l’amitié, ça peut être très, très contagieux. La classe pourrait bien attraper un nouvel ami, à force de faire des activités communes avec ton petit garçon, sur l’eau, dans l’eau, hors de l’eau! Et du coup, ils seraient vachement pénalisés, les gamins, d’avoir un copain en plus.
Les bras m’en tombent… (=> pas de bras… non plus…)
Courage et plein de bisous
@Lilly : Pionnier-éclaireur, je voyais ça plus « aventure » quand même. Je suis tout de suite sur le sentier de la guerre, c’est bien triste…
@Lili : C’est sûr, c’est « un peu » fatigant. Usant, même, je dirais. Mais c’est aussi une façon d’ouvrir sur le monde une fenêtre un peu cachée, qui donne de nouvelles perspectives. C’est souvent très beau.
@Ashley : Et oui, je sais, pour certains la question ne se pose même pas et c’est merveilleux. Pour d’autres, pourtant, la peur ou la blessure narcissique ne permettent pas l’ouverture aux autres. C’est fatigant pour nous, mais c’est triste pour eux…
@Françoise : On dit que les enfants sont cruels, mais ils ne sont pas les seuls et ils peuvent également être plus ouverts que leurs aînés. Monsieur L. est parfois victime de sa naïveté sociale et quelques uns en profitent pour l’humilier, mais lorsqu’il mange à la cantine, certains de ses camarades font un roulement car ils sont trop nombreux pour être tous à sa table.
Aie aie aie, je ne connais rien du tout au handicap de ton fils mais la souffrance en revanche ca oui, je l’entends bien… Et savoir que l’on fait de la peine a un enfant sans raison alors que l’on pourrait si facilement faire autrement, c’est vraiment triste. Bon courage a vous deux pour cette bataille.
@ Ishkueu : Tu as tout à fait raison : peu importe le handicap, l’important c’est de voir la personne qui est ainsi cachée aux yeux de ceux qui ne veulent surtout pas voir.
@ Toutes : Merci de votre soutien et de vos encouragements.
Tu as raison : des tas de gens sont prêts à se battre à vos côtés.
Au moins dans leur quotidien, déjà. Au moins dans leurs regard et attitudes (et choix).
Cette histoire que tu racontes est dégueulasse et vaine (ça lui apporte quoi à la prof ?).
Dég’.
Euh ??? Peut-être a-t-elle peur de participer à l’établissement d’un début de preuve que les gens qui souffrent de troubles mentaux pourraient aussi exercer dans des métieurs dits normaux, genre l’enseignement ?
« Est-ce qu’il se rend vraiment compte ? »
A cette question, je répondrai par une autre : « Qu’est-ce que ton petit fiche dans cette gal—-classe ? » (Question rhétorique, je sais bien que les places sont rares.)
Genre, la dame s’est rendue compte de rien, d’aucun progrès depuis le début de l’année, elle lui cause pas puisqu’il ne se « rend pas compte » de toute façon…
Bon, je vais non plus charger une personne que je ne connais pas, mais la façon dont tu présentes les choses fout bien les boules effectivement… :/
Je dois être un gros naïf, mais je n’imaginais pas qu’une instit au vingtéunième siécle puisse dire cette phrase: « est-ce qu’il se rend vraiment compte ? ». Peut-être s’interroge-t’elle aussi de savoir si les indiens d’amérique sont des hommes et s’ils ont une ame ? Mine de rien, on n’a pas beaucoup avancé depuis le quinzième siècle.
Ne soyons pas trop ambitieux : déjà, si on n’a pas reculé (ce qui reste à prouver dans bien des domaines), ce n’est pas si mal !