Archive pour avril 2008

Un abîme insondable

Mardi 22 avril 2008

Je vous aurais bien parlé de tas de trucs intéressants et futiles à la fois, comme la mutation du é en è dans le mot événement, la disparition annoncée de l’accent circonflexe dans le mot abîme, mais je sens que vous l’attendez tous et il faudra bien que je m’exécute après un si long silence : voici donc le compte rendu (brefissime) de la classe de mer de Monsieur L.

Evénement ou non événement ? Abîme d’indifférence ou sommet du mépris de la part de l’enseignante ? Difficile à évaluer. Heureusement, il y eut aussi les enfants (de la patri-ie), l’autre enseignante, l’équipe d’animation du centre. Petites attentions, attention tout court, patience, bienveillance, sourires.

Bilan pour Monsieur L. : sur le coup, grande joie, fièvre, liesse. Après coup : grande angoisse, troubles ++, profondeur insondable des questionnements. Pour lui. Pour moi.

J’écoutais avec une nouvelle oreille il y a quelques jours une chanson d’Alain Souchon qui m’a paru avoir une toute autre couleur : « Allo, Maman, Bobo. Maman comment tu m’as fait chuis pas beau. » Larmes. Comment faire autrement que de se sentir coupable ? Au moins coupable de ne pas réussir à faire en sorte que le monde soit accueillant pour lui ?

Brèfle, pas spécialement envie de revenir trop là-dessus. L’étendard sanglant est levé pour un moment. Monsieur L. va mettre des mois à se remettre. Moi zaussi. Des mois à retravailler avec lui sur la vie en société, les comportements adéquats, les comportements admissibles, les comportements admissibles pour certains et pas pour d’autres. Même si ce n’est pas vraiment une surprise, c’est fou à quel point l’on peut toucher du doigt la vacuité ou l’hypocrisie de ces conventions lorsqu’on est obligé, comme c’est le cas pour lui et moi, de les décortiquer et de les examiner à la loupe, de leur trouver une justification, ne serait-ce qu’historique.

Pour en revenir à mes propos liminaires, la plus haute autorité en matière lexicale a décidé de changer les règles de la langue en intégrant volontairement une faute d’orthographe trop communément commise. Ce cher vieil événement, apparemment plus difficile à comprendre, à accepter, doit donc céder la place au piti nouveau : évènement, plus gracieux aux yeux du monde. Bienvenue à lui. La majorité a fait une norme de son champion. Je ne suis pas sûre d’avoir envie d’extrapoler. Disons donc que c’était simplement une remarque hors de propos. Un hors sujet de plus.