Archive de la catégorie ‘Gueuloir’

Un abîme insondable

Mardi 22 avril 2008

Je vous aurais bien parlé de tas de trucs intéressants et futiles à la fois, comme la mutation du é en è dans le mot événement, la disparition annoncée de l’accent circonflexe dans le mot abîme, mais je sens que vous l’attendez tous et il faudra bien que je m’exécute après un si long silence : voici donc le compte rendu (brefissime) de la classe de mer de Monsieur L.

Evénement ou non événement ? Abîme d’indifférence ou sommet du mépris de la part de l’enseignante ? Difficile à évaluer. Heureusement, il y eut aussi les enfants (de la patri-ie), l’autre enseignante, l’équipe d’animation du centre. Petites attentions, attention tout court, patience, bienveillance, sourires.

Bilan pour Monsieur L. : sur le coup, grande joie, fièvre, liesse. Après coup : grande angoisse, troubles ++, profondeur insondable des questionnements. Pour lui. Pour moi.

J’écoutais avec une nouvelle oreille il y a quelques jours une chanson d’Alain Souchon qui m’a paru avoir une toute autre couleur : « Allo, Maman, Bobo. Maman comment tu m’as fait chuis pas beau. » Larmes. Comment faire autrement que de se sentir coupable ? Au moins coupable de ne pas réussir à faire en sorte que le monde soit accueillant pour lui ?

Brèfle, pas spécialement envie de revenir trop là-dessus. L’étendard sanglant est levé pour un moment. Monsieur L. va mettre des mois à se remettre. Moi zaussi. Des mois à retravailler avec lui sur la vie en société, les comportements adéquats, les comportements admissibles, les comportements admissibles pour certains et pas pour d’autres. Même si ce n’est pas vraiment une surprise, c’est fou à quel point l’on peut toucher du doigt la vacuité ou l’hypocrisie de ces conventions lorsqu’on est obligé, comme c’est le cas pour lui et moi, de les décortiquer et de les examiner à la loupe, de leur trouver une justification, ne serait-ce qu’historique.

Pour en revenir à mes propos liminaires, la plus haute autorité en matière lexicale a décidé de changer les règles de la langue en intégrant volontairement une faute d’orthographe trop communément commise. Ce cher vieil événement, apparemment plus difficile à comprendre, à accepter, doit donc céder la place au piti nouveau : évènement, plus gracieux aux yeux du monde. Bienvenue à lui. La majorité a fait une norme de son champion. Je ne suis pas sûre d’avoir envie d’extrapoler. Disons donc que c’était simplement une remarque hors de propos. Un hors sujet de plus.

Classe de mer et picétou

Lundi 31 mars 2008

Bonne ou mauvaise nouvelle, c’est selon, j’accompagne Monsieur L. cette semaine en classe de mer.

J’inaugure donc ce matin, dans le dur, la semaine de lutte contre la discrimination envers les personnes porteuses de handicap. Je vous donnerai le résultat en fin de semaine. Souhaitez-moi bon courage, mercille.

Debout là d’dans !

Jeudi 3 janvier 2008

Un petit coup de sang pour commencer l’année et inaugurer la suite du début de la fin du monde tel que nous avions un jour osé l’imaginer.

Tout a commencé par la lecture du nourjal. Ce processus est tellement établi que je ne parviens même plus à comprendre pourquoi je continue à lire la presse, mais je ne veux pas non plus m’enfouir la tête dans le sable, j’aurais trop peur de ce qui pourrait arriver au reste de mon corps pendant cette absence momentanée de l’image.

Je feuilletais donc ce périodique honni, en commençant par la fin, pour m’habituer progressivement à la médiocrité et finir par du lourd, lorsque mes yeux un peu fatigués sont tombés sur l’annonce suivante, insérée dans la rubrique télévision (où l’on rencontre souvent le meilleur de la médiocrité, ne le nions pas) : W9 : Eve Angeli présentera le 9 janvier prochain « les Filles de Las Vegas », premier volet d’une série de trois émissions de strip poker. « J’adore le poker. J’y joue souvent avec mon chéri. Et puis ce côté sexy apporte un vrai plus. Il y aura sept filles autour de la table, assez jolies à regarder, bien sûr, et la plupart vont finir topless et en string ! » La gagnante de ce programme américain empochera 5000 dollars. On ne dit pas combien les publicitaires paieront à la chaîne et c’est fort dommage.

Je ne sais même pas si j’ai vraiment envie de commenter ça. Ou juste après l’apaisement de la nausée qui me gagne, alors. Bon si, allez, juste une remarque pratique en passant : comment vont faire les jeunes femmes pas jolies à regarder pour gagner leur vie sur la télé de Bolloré si elles ne peuvent même pas montrer leurs seins en direct ? Et là vous me direz : a priori, celle qui empoche l’argent ne sera pas nue, puisqu’elle aura gagné. Et vous aurez raison. Les moches auront donc juste le droit de gagner au poker (ça augmente le suspens et l’effroi du téléspectateur). Que vont donc devenir les autres ? Je suggère un nouveau concept d’émission, qui pourrait aussi résoudre à la fois le problème récemment mis en avant dans les vitrines des rues d’Amsterdam et la paupérisation grandissante de la population : un nouveau type de Juste Prix où l’on pourrait évaluer le prix de femmes (ou d’hommes, ne soyons pas sexistes). Le gagnant de la super vitrine pourrait repartir avec un lot de marchandises et s’installer peinard dans un job d’avenir : marchand d’hommes. Le souci, c’est qu’il aurait des propriétaires de chaînes de télé comme concurrents, et là, faut être préparé. Je propose que le gagnant emporte également un diplôme de grande école de commerce, il en aura bien besoin. C’est beau un pays qui sait créer de nouvelles opportunités d’emploi ! Comme dirait le héros des Affranchis : j’ai toujours rêvé d’entrer dans la mafia.

Je m’étais déjà longuement entretenue avec mon interlocuteur privilégié de la profonde colère que j’avais ressentie à la lecture d’une légende placée sous la photographie de Bénazir Bhutto il y a quelques jours : « Belle et autoritaire, Bénazir Bhutto est morte le 27 décembre ». À quand une légende ainsi rédigée sous la photo du séprident : « Gras du bide et amateur de clinquant, N. S. a couru 2 kilomètres ce matin » ? C’est marrant, moi je croyais que Bénazir Bhutto était essentiellement une femme élue deux fois premier ministre du Pakistan et que si morte elle était, c’est lâchement assassinée pour ses idées politiques. Finalement, Bénazir, t’aurais mieux fait de monter topless sur une table de poker ou faire des trucs de filles, genre pom pom girl, tu serais encore en vie. Quoique.

Veni vidi vici

Lundi 3 décembre 2007

Bien sûr, ça n’est pas de moi, mais ça, tout le monde le sait et puis je suis tranquille du point de vue des droits d’auteur, les descendants de Jules et de Plutarque ne me feront pas d’ennuis. De toute façon, faudrait voir à pas me chercher, sinon on me trouve facilement.

Je fanfaronne, je fanfaronne (il en restera toujours quelque chose), peut-être, mais je suis depuis ce matin euphorique à l’idée que je vais pouvoir annoncer à Monsieur L. : « Mon fils, mon cher fils, les aruspices ont parlé. L’histoire ne dit pas dans quels viscères ils ont lu, mais ils ont été formels. Tu es à présent placé sous la double protection de Thémis et Athéna et tu iras donc en classe de mer. Va en paix. Il faut à présent que j’aille vérifier où est le chat. »

Résumé des épisodes précédents ici et .

Ce midi, j’ai eu un entretien fort intéressant et constructif avec la directrice de l’école. Elle avait été informée que c’était avec le plein accord des parents (quasiment à leur demande, en fait) que Monsieur L. était exclu de la sortie. Que nenni, non point ma bonne dame, cette allégation est fort suspecte de mauvaise foi. L’intervention efficace de l’enseignante référente a permis que tous ouvrent les yeux sur les possibilités offertes à eux pour que les élèves, tous les élèves, puissent participer à la classe de mer. A mon humble avis, ce qui a définitivement permis cet éclair de lucidité soudain, c’est la position de l’inspectrice qui préfère faire annuler tout bonnement les sorties lorsqu’un enfant risque d’en être exclu. C’est fou, elle n’a même pas eu à intervenir, ni à être même avertie de l’affaire, seule son aura suffisait. Esprit de la loi es-tu là ? Finalement, l’enseignante n’avait pas bouclé son programme et peut tout à fait intégrer des activités qui permettraient à Monsieur L. de participer. Voyez-vous ça !

Yes, yes, yes et re yes. Cependant, comme la hérissonne, mon animal totem, je suis du genre prudent, je vais veiller à ce que la totalité des opérations se déroule en ce sens. Il ne s’agit pas de baisser la garde trop précocement… Je pense toutefois que seule l’instit de mon fils mettra de la mauvaise volonté. Les autres étaient seulement mal informés, semble-t-il.

Nouvelle étape : essayer de faire passer à Monsieur L. le test indispensable pour qu’il puisse au moins aller sur les bateaux de sécurité si vraiment il ne veut pas faire de voile. Je le vois mal basculer en arrière, la tête la première, tout habillé dans une piscine, mais rien n’est impossible. Avec une bonne motivation, ça peut être jouable. Il nous reste plus de trois mois pour parvenir à cette performance. Si vous avez des idées pour lui permettre de réussir, je suis preneuse…

Pas de bras…

Mardi 27 novembre 2007

Classe de mer, le retour.

Hier, rencontre avec l’enseignante de Monsieur L. Tout sourire, mais ferme. En gros, elle ne voit pas pourquoi je viens la voir. Pour elle, mon petit garçon ne peut pas venir. Un point c’est tout. Elle a tout prévu comme ça et ne changera pas d’un iota. Elle a prévu d’être sur l’eau tout de temps, un point c’est tout. Je sais parfaitement qu’il est possible de choisir d’autres activités. Les autres années, les enseignants avaient choisi des programmes qui auraient été plus adaptés, mais cette année, pas de chance.
Question : « dans les activités proposées, il y avait ornithologie »
Réponse : « oui, mais moi je n’ai pas choisi ça »
Question : « lecture de cartes marines ? »
Réponse : « je n’ai pas choisi ça. »

C’est comme ça. Il est traité comme un enfant comme les autres, d’après elle. C’est sa vision de l’intégration, de la vie en société : tout le monde pareil. A la cantine, bras ou pas : pas d’aide. Devant un escalier, fauteuil ou pas : pas d’aide. Pour traverser la route : aveugle ou pas, pas d’aide… S’ils veulent s’insérer, ils n’ont qu’à faire des efforts, tous ces handicapés, c’est vrai après tout. Faudrait voir à ne pas perturber la ligne droite et claire de la vie par des demandes inconsidérées.

Question : « Et s’il réussit à passer le test pour aller sur l’eau ? »
Réponse : « Ce ne sera pas possible. Et s’il se lève dans le bateau ? Il faudra que nous rentrions tous au centre. Je ne vais pas pénaliser tous les autres enfants ! »
Question : « Mais lui, ce n’est pas grave de le pénaliser ? »
Réponse : « Le pénaliser ? Mais est-ce qu’il se rend vraiment compte ? Si c’est pour faire de l’intégration pour l’intégration… »

Je me suis arrêtée là pour l’entretien. J’ai appelé l’enseignante référente. Elle m’a dit qu’elle allait convoquer une réunion à ce sujet. Elle m’a dit qu’elle connaissait la position de l’inspectrice chargée de l’intégration, position qui consiste à dire qu’il faut être suffisamment souple pour, tout en respectant le même programme, faire en sorte que tous les enfants participent à toutes les activités. Elle m’a dit que cette position était difficile à tenir devant les enseignants. Je lui ai demandé si je devais faire tout de suite un courrier à l’inspecteur. Elle m’a dit « Oh non attendez, vous savez, il faut ménager les gens. »

Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai la nette impression qu’il y a quelqu’un qu’eux ne songent pas trop à ménager. M’enfin, puisqu’il paraît qu’il ne se rend pas compte…

« Je suis malheureux »
« Pourquoi es-tu malheureux ?  »
« Parce que je pleure »
« Et pourquoi pleures-tu ? »
« Parce que je ne vais pas aller en classe de mer »
« C’est important pour toi, d’aller en classe de mer ? »
« oui. Je veux aller avec les autres ».

Allez, mon fils, je trouve que nous pleurons un peu trop tous les deux. Nous allons sécher nos larmes et nous allons nous battre. Comme de preux chevaliers, pour défendre l’honneur d’une société qui le perd peu à peu. Mais rassure-toi, nous ne serons pas seuls. Je connais des tas de gens qui sont prêts à se battre à nos côtés. Merci les gens.

Et ce soir, je pleure

Jeudi 22 novembre 2007

Ce soir, je pleure. Bêtement. Parce que j’ai été trop optimiste, trop crédule. Parce que j’ai trop vite renoncé à mener le seul combat qui devrait valoir la peine à mes yeux. Parce que je pensais que d’autres partageaient ma façon de voir le monde. Je m’en veux à moi-même d’avoir cédé si facilement, de m’être laissée aller à une telle facilité.

La classe de mer ? « Monsieur L. ne voulant pas passer le test obligatoire pour la voile (se jeter tout habillé dans une piscine, mission impossible pour lui !) et l’activité nautique occupant plus de 80 % du temps de la classe, tous les enfants étant sur l’eau en même temps, il serait mieux pour lui de ne pas venir. » « Il n’y a pas d’autres activités ? » « Non, et l’inspecteur accepte qu’il ne parte pas (une faveur spéciale ? quelle chance !). Ne vous inquiétez pas, il suivra le même programme que les autres. » Résultat ? Résultat : après l’annonce à Monsieur L. qu’il ne partira pas avec ses camarades, après avoir essuyé ses larmes en essayant de lui faire comprendre que tout allait bien se passer, que cela ne remettait pas en cause sa valeur, ses qualités, Monsieur L. assiste à tous les préparatifs de l’extérieur. Désespéré. Désespérant.
Je m’en voulais d’avoir cédé. Je m’en voulais déjà de ne pas m’être assez battue. Honte sur moi, je n’ai pas osé affronter toute une école, les parents d’élèves. Je me sens mal dans une peau de lâche, de traître*. Tout le monde (sauf une, merci à elle) trouvait si normal qu’il ne parte pas avec les autres. Vous avez dit intégration scolaire ? Oui, mais quand même, il ne faudrait pas exagérer. Alors, à nouveau, la colère est venue.

Combattre pour son propre enfant serait moins noble, moins désintéressé ? Comment puis-je faire moins, puisque personne ne prend le relais ?

J’ai vu ce matin sur le site du centre d’hébergement classe de mer le programme prévu. Seulement quatre séances de voile sur les dix demi-journées. Seulement quatre séances et par demi groupe. Tout le reste était possible pour lui, tout le reste est possible pour lui.

Bien sûr, je vais reprendre ma plume pour écrire à l’enseignant. Bien sûr, je repars au combat. Bien sûr, je vais faire semblant de ne pas avoir vu qu’il s’agissait d’une volonté d’exclusion. Bien sûr, je vais leur accorder le bénéfice d’un doute que je n’ai pas. Bien sûr, je vais tous les épargner pour qu’ils épargnent mon fils.

En début de semaine, j’ai eu la chance de participer à deux jours de formation sur l’autisme. Deux jours au cours desquels j’ai pu prendre des notes pour expliquer autour de moi ce qui dysfonctionne dans le cerveau de ceux qui en souffrent, pour démontrer qu’ils ne font pas exprès d’adopter un comportement étrange, un comportement qui les exclu de fait, qu’ils ne sont pas mal élevés ou dangereux. Deux jours pour recevoir la confirmation que dans un monde bienveillant, leur vie serait agréable, ils auraient une meilleure image d’eux-mêmes et nous aurions une meilleure image de nous. Je pensais que ces deux jours m’avaient enveloppée d’un blindage de bonne humeur. Grave erreur : l’armure s’est fendue. J’ai beau savoir que je ne suis pas seule, que d’autres luttent à mes côtés, que d’autres connaissent les mêmes tourments, que d’autres connaissent de pires tourments, que des amis me soutiennent, ce soir, je pleure.

Respecté-je en cela les recommandations du médecin qui trouvait indispensable que je garde un peu de temps pour moi ? J’ai un peu de temps, cool, je vais pleurer, ça c’est on ne peut plus personnel !

Bon signe, je commence à pleurer de rage. Tout n’est pas perdu.

*Edit : cette considération ne concerne que moi. Je ne voudrais pas que l’on croie que je porte le moindre jugement sur ce que vivent, disent ou pensent les autres parents. Je ne me permettrais jamais de faire une chose pareille. Je sais, par expérience notamment, combien il est difficile de vivre ces situations et qu’il n’y a, dans l’absolu, pas de bonne ou de mauvaise décision.

Bonjour tristesse

Samedi 10 novembre 2007

Norman Mailer est mort.

Au cours d’une interview, en 2001, il s’attristait de la pauvreté intellectuelle qui s’étendait dans le monde occidental et déplorait : « Il n’y a plus personne avec qui se souler de nos jours ». A qui avait-il accordé cet entretien ? Je vous le donne en mille : à PPDA pour TF1. Le passage a été repris ce soir, sur la même chaîne.
Je ne sais pas si les programmateurs de TF1, qui venaient d’infliger Sous le soleil, puis une série de reportages sur les célébrités se sont sentis visés par Norman Mailer. Ils ont pu se dire : « ben avec toutes les infos de première importance que l’on transmet aux gens, pas de problème, ils trouveront toujours de quoi alimenter une soulerie conviviale ». Des infos de première nécessité, y a pas à dire, si j’en crois le programme. Jean-Claude Vandamme, Evelyne Thomas et Lolo Ferrari, voici donc les icônes de notre temps. De quoi faire avaler tout rond ensuite aux citoyens que pour augmenter le pouvoir d’achat, il suffit de faire baisser les prix (l’augmentation des salaires ne changerait rien à l’affaire ?), que personne ne peut baisser le prix des carburants et qu’il faut donc faire du vélo (pour le prochain conseil des ministres décentralisé devra-t-on prévoir un garage pour les cycles ?) et que si l’on marque des numéros au feutre indélébile sur les personnes réfugiées au camp de Dunkerque, c’est parce que c’est plus pratique.

Puisque le jury Nobel n’a pas fait à Norman l’insigne honneur de lui attribuer le prix de Littérature, laquelle de nos trois vedettes va-t-elle choisir de mettre en lumière et surtout, question subsidiaire, va-t-il falloir inventer une nouvelle catégorie ?

Enfin, je fais la maline à propos de TF1, mais sur France 3, les trente secondes consacrées à cet esprit éclairé ont été immédiatement suivies d’un reportage de plusieurs loooonnngues minutes sur le dernier album de Johnny.

Que l’on ne se méprenne pas, hein, je n’ai pas de mépris pour les gens qui aiment écouter Johnny ou regarder Sous le Soleil. Je me dis quand même qu’il est plus simple de balancer de la soupe prédigérée (beurkkk) que d’amener les gens à apprécier des auteurs de talent. Ah, mais oui, j’oubliais, la télévision, ranavoir avec la curiosité, avec l’esprit, avec l’envie de communiquer ou même de divertir, c’est avant tout du commerce ! Suis-je bête !

Norman Mailer, ce n’est pas barbant, ce n’est pas soporifique, ce n’est pas incompréhensible. Le Chant du Bourreau peut faire peur, de premier abord (et c’est un bien grand tort), mais Les Vrais durs ne dansent pas, là, franchement, il n’y a pas à hésiter, il faut plonger.

Goodbye fellow. Rassure-toi, il y a toujours des gens avec qui se souler en bonne intelligence, malgré tout. Tes petits pas d’homme ont fait faire un grand pas à l’humanité.

I did it

Mercredi 3 octobre 2007

Oui, ben moi, je l’ai fait. J’ai signé. Je me désolidarise totalement encore une fois, décidément, des décisions des genss qui ont été élus pour décider de choses importantes à notre place (non ce n’est pas un concours à la phrase qui contient le plus de « d ». Si ç’avait été le cas, j’en aurais mis plus).

Ce n’est pas comme si j’avais voulu qu’ils soient là. Pas du tout du tout. J’ai même fait tout ce que je pouvais pour qu’ils n’y soient pas. L’adage ment et ce n’est pas beau… La blanche colombe (aphykit, coin gauche, casaque fleurie) a perdu contre la bave du crapaud (crapaud, coin droit, casaque brune), crapaud qui, pourtant, n’avait même pas pris la peine de se transformer en prince charmant (ou peut-être que personne n’avait voulu l’embrasser, il y a des limites à tout). Tous ceux à qui j’ai parlé depuis avril dernier ne pourront pas dire que je ne les avais pas prévenus. Je m’y attendais donc. Enfin m’attendais-je à une telle chose ? Peut-on s’y attendre ? Moi je dis voui à sang pour sang. On pouvait s’y attendre, ne soyons pas naïfs.

Ce coup ci, je ne me mets même pas en colère. C’est pire. J’ai froid dans le dos. J’ai glacé dans le dos.

Je vous mets juste le lien. Allez-y voir, on y est en bonne compagnie.

http://www.touchepasamonadn.com/

Bonne nuit à ceux qui peuvent encore dormir…

Ah oui, j’oubliai une chose : on dit ici ou là que les législateurs ont rendu la loi inapplicable pour pouvoir la faire voter (ah ! ce que Coluche me manque : plus personne n’a l’air de réagir à une telle énormité). Ça n’efface pas la tache. C’est une tache hautement corrosive qui risque de percer tout le système. C’est le genre de tache contre laquelle même le savon au fiel ne peut rien. C’est le genre de tache qui ne doit pas exister.

 

Moi, j’aime les roses

Lundi 24 septembre 2007

Suite et peut-être fin de cette histoire de bulbes à l’école.

Je suis dans une colère folle et ça n’aide pas dans la vie quotidienne : je m’endors avec un bulbe à l’estomac, je me lève avec un bulbe à l’estomac, je déjeune avec un bulbe à l’estomac… bref, on ne se quitte plus, mon bulbe et moi. Je l’adopterais bien, mais c’est un poids dont je pense me passer pour mon bien. Et puis, je ne sais pas pourquoi, mais je commence à détester les bulbes de fleurs. A bas le bulbe, j’en ai plein le bulbe.

J’avais imprudemment annoncé dans un des commentaires que je ne démissionnerai pas parce que je ne veux pas abandonner la lutte. Finalement, au vu des réactions suscitées par cette affaire, je pense plutôt que je vais continuer à me battre, mais autrement. Je refuse de continuer à appartenir à un groupe où l’invective tient lieu de discussion et où la réflexion s’arrête à son propre paillasson. Nous ne sommes apparemment que deux à penser que nous défendons, au nom de l’association, des valeurs essentielles à l’école publique. Dans un moment où elle est mise à mal, il me semble important de lutter pied à pied. Si les parents d’élèves estiment que leur rôle s’arrête à trouver des financements pour les activités, il faut qu’ils cessent de se réclamer de la FCPE. Je vais donc m’inscrire sur les listes pour siéger aux conseils d’école, mais je les laisse organiser les fêtes de charité. Je leur souhaite bon courage, notamment pour trouver des volontaires pour prendre en charge les actions que les deux démissionnaires menaient quasiment seules : la mobilisation contre la fermeture ou pour l’ouverture de classe, les dossiers à préparer en vue des commissions vie scolaire, les relations avec les parents, la préparation des conseils d’école, l’information aux familles, la mise en place des démarches nationales ou locales en faveur des enfants…

Sur ce, je cours déplanter les quelques bulbes qui polluent mon jardin. J’ai besoin d’exercice physique…

Moi, j'aime les roses

 

Bulbe, bulbe, quand tu nous tiens… lieu de cerveau

Jeudi 20 septembre 2007

Mardi : réunion des directeurs d’école du groupe scolaire, suivie de l’assemblée générale des parents d’élèves, dont je suis. Pour l’occasion, bizutage à distance de la nouvelle directrice de l’école de mon fils par les autres enseignantes. Très contente de l’annonce qu’elle doit nous communiquer, c’est tout sourire qu’elle nous dit : « Pour financer en partie la classe de mer, nous allons lancer une opération « vente de bulbes » d’ici la fin du mois. Les enseignants s’impliqueront bénévolement dans cette action. » Je pense que si elle avait lancé une bombabouse au milieu de la salle, l’effet n’aurait pas été si grand. L’ambiance a été pourrie tout de suite. Et pour tout le monde. Ce qui m’étonne, c’est que sur quinze parents présents (et oui, sur près de six cents élèves, quel succès !) seuls deux, dont moi, ont réagi.

Je vous explique le principe : un producteur de plantes à bulbe hollandais a découvert un merveilleux filon. Plutôt que de payer des commerciaux pour vendre ses produits, il propose tout simplement aux écoles, contre récompense, de faire travailler gratuitement les enfants. La main d’oeuvre ainsi constituée, munie de catalogues et de bons de commande, est chargée de démarcher des clients et de vendre les bulbes. Ce qui constitue, en outre, une concurrence déloyale pour les commerces « tout pour votre jardin » des alentours. Si l’école a la chance de faire un chiffre d’affaire de plus de 20000 euros, elle récupère pour l’école 40 % du bénéfice plus un ballon, offert au meilleur vendeur pour motiver les troupes. Comme il ne faut pas abuser de la philantropie, l’école doit aussi régler les frais de livraison. Pour pénétrer ces lieux censés protéger les enfants d’une société de consommation abusive, l’entreprise a lancé une grande opération de parrainage. Je me demande qui a accepté de faire l’intermédiaire pour se couvrir de bulbes (pouah ! enfin, mieux vaut les bulbes que les bubons).

Question des parents d’élèves : « Personne ne vous a averti que cette opération, il y a quatre ans, avait entraîné une protestation des parents d’élèves ? »

Directrice : « Si, mais vous savez, cette année nous avons décidé qu’il n’y aurait pas de prime au meilleur vendeur (en gros, c’est donc elle qui garde les ballons). C’est pour les enfants, vous savez. Les enseignants sont bénévoles ».

Encore heureux ! En plus, les instits ont calculé (mal) que les parents impliqués dans l’affaire étaient tous partis faire de l’agitation au collège. Sauf qu’il en reste, des qui avaient à l’époque des enfants en maternelle, genre…

La plupart des parents, donc, n’a pas perçu l’énormité de la proposition. Un des parents, prétendant que l’affaire ne regardait que les parents de la classe, a tranché en disant que tout était réglé puisque ces derniers accepteraient. Le souci pour lui, c’est que mon fils est dans cette classe.

Non seulement je leur impose un enfant autiste dans l’école, et que même du coup aucun n’élève n’intègrera jamais une grande zécole tellement le niveau va zêtre nul, mais en plus je vais coller mon nez et mes pieds dans la prise de décision. Je sens que l’année va être chaude.

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