Et ce soir, je pleure

22 novembre 2007

Ce soir, je pleure. Bêtement. Parce que j’ai été trop optimiste, trop crédule. Parce que j’ai trop vite renoncé à mener le seul combat qui devrait valoir la peine à mes yeux. Parce que je pensais que d’autres partageaient ma façon de voir le monde. Je m’en veux à moi-même d’avoir cédé si facilement, de m’être laissée aller à une telle facilité.

La classe de mer ? « Monsieur L. ne voulant pas passer le test obligatoire pour la voile (se jeter tout habillé dans une piscine, mission impossible pour lui !) et l’activité nautique occupant plus de 80 % du temps de la classe, tous les enfants étant sur l’eau en même temps, il serait mieux pour lui de ne pas venir. » « Il n’y a pas d’autres activités ? » « Non, et l’inspecteur accepte qu’il ne parte pas (une faveur spéciale ? quelle chance !). Ne vous inquiétez pas, il suivra le même programme que les autres. » Résultat ? Résultat : après l’annonce à Monsieur L. qu’il ne partira pas avec ses camarades, après avoir essuyé ses larmes en essayant de lui faire comprendre que tout allait bien se passer, que cela ne remettait pas en cause sa valeur, ses qualités, Monsieur L. assiste à tous les préparatifs de l’extérieur. Désespéré. Désespérant.
Je m’en voulais d’avoir cédé. Je m’en voulais déjà de ne pas m’être assez battue. Honte sur moi, je n’ai pas osé affronter toute une école, les parents d’élèves. Je me sens mal dans une peau de lâche, de traître*. Tout le monde (sauf une, merci à elle) trouvait si normal qu’il ne parte pas avec les autres. Vous avez dit intégration scolaire ? Oui, mais quand même, il ne faudrait pas exagérer. Alors, à nouveau, la colère est venue.

Combattre pour son propre enfant serait moins noble, moins désintéressé ? Comment puis-je faire moins, puisque personne ne prend le relais ?

J’ai vu ce matin sur le site du centre d’hébergement classe de mer le programme prévu. Seulement quatre séances de voile sur les dix demi-journées. Seulement quatre séances et par demi groupe. Tout le reste était possible pour lui, tout le reste est possible pour lui.

Bien sûr, je vais reprendre ma plume pour écrire à l’enseignant. Bien sûr, je repars au combat. Bien sûr, je vais faire semblant de ne pas avoir vu qu’il s’agissait d’une volonté d’exclusion. Bien sûr, je vais leur accorder le bénéfice d’un doute que je n’ai pas. Bien sûr, je vais tous les épargner pour qu’ils épargnent mon fils.

En début de semaine, j’ai eu la chance de participer à deux jours de formation sur l’autisme. Deux jours au cours desquels j’ai pu prendre des notes pour expliquer autour de moi ce qui dysfonctionne dans le cerveau de ceux qui en souffrent, pour démontrer qu’ils ne font pas exprès d’adopter un comportement étrange, un comportement qui les exclu de fait, qu’ils ne sont pas mal élevés ou dangereux. Deux jours pour recevoir la confirmation que dans un monde bienveillant, leur vie serait agréable, ils auraient une meilleure image d’eux-mêmes et nous aurions une meilleure image de nous. Je pensais que ces deux jours m’avaient enveloppée d’un blindage de bonne humeur. Grave erreur : l’armure s’est fendue. J’ai beau savoir que je ne suis pas seule, que d’autres luttent à mes côtés, que d’autres connaissent les mêmes tourments, que d’autres connaissent de pires tourments, que des amis me soutiennent, ce soir, je pleure.

Respecté-je en cela les recommandations du médecin qui trouvait indispensable que je garde un peu de temps pour moi ? J’ai un peu de temps, cool, je vais pleurer, ça c’est on ne peut plus personnel !

Bon signe, je commence à pleurer de rage. Tout n’est pas perdu.

*Edit : cette considération ne concerne que moi. Je ne voudrais pas que l’on croie que je porte le moindre jugement sur ce que vivent, disent ou pensent les autres parents. Je ne me permettrais jamais de faire une chose pareille. Je sais, par expérience notamment, combien il est difficile de vivre ces situations et qu’il n’y a, dans l’absolu, pas de bonne ou de mauvaise décision.

Encore une mission pour Jack Bauer

21 novembre 2007

Comme Jack n’était pas dispo, j’ai pris le boulot.

Dans la série « Aphykit s’engage à faire tout plein de choses et après elle coule », je viens de ressortir vivante (mais non sauve d’esprit) d’une semaine de folie. Enfants malades, formation dans la journée, double voire triple réunion dans la soirée avec rétablissement souple sur la pointe des pieds et pas décoiffée d’un cheveu. Bon sur le dernier point, j’avoue, j’exagère un peu, suffit de savoir où j’habite pour comprendre immédiatement que soit je suis coiffée à la Yul Brynner*, soit je suis une fieffée menteuse. A vous de deviner.

Ce à quoi vous avez réellement échappé : une candidature pour les cantonales, un essai de fabrication de yaourts avec une cocotte minute, un blog politique, une coupe de cheveux à la Louise Brooks, une photographie de mon orteil annulaire gauche.

Ce à quoi vous avez failli échapper, mais finalement non. Puisque je prévois pour bientôt un post sur la formation à laquelle je viens d’assister et qui m’a enveloppée d’un blindage de bonne humeur pour au moins quelques jours, j’ai décidé de vous proposer un truc auquel vous avez failli échapper, mais que je vous inflige quand même parce qu’il n’y a pas de raison de vous épargner après tout. Il s’agit d’un test qui est censé me permettre de réveiller mon style (à vous aussi d’ailleurs, je ne pense pas avoir été la seule destinataire de la chose). Premier bon point, cela signifie qu’a priori, j’en ai déjà un, de style, ce qui n’était pas gagné d’avance, je vous assure.

Alors, les questions :

Question 1 : vous êtes a) un homme b) une femme

Question 2 : vous portez les cheveux a) courts b) mi-longs c) longs

Je ne vous les mets pas toutes, c’est trop pour mes quelques compétences. Je suis parvenue tant bien que mal à répondre à ce questionnaire de la mort que même pour l’entrée à la NASA c’est plus facile (Est-ce que vous vomissez facilement à mag 12 ? Est-ce que vous aimez jouer avec des essoreuses à salades ? Est-ce que vous vomissez quand vous jouez avec une essoreuse à salade ?…) et j’ai été récompensée par le très attendu résultat.

Ce qui donne : « Votre vie est rythmée par vos désirs et vos rêves. Pourtant, même si vous êtes toujours emballée par le tourbillon de la vie, vous êtes quelqu’un de très stable (rien qu’avec cinq réponses à des questions hautement pertinentes, ils savent ça de moi, trop fort, les profilers). Un peu comme votre look : fou quand il faut, et strict quand c’est important. Pour vous, une coupe naturelle légèrement retravaillée.« 

Si la traduction est : pas souvent chez le coiffeur, shampoing rapide et séchage à l’air libre venteux parce que pas le temps de plus, OK, c’est tout moi.

Donc, après les pieds, les cheveux. On progresse, on progresse, ya pas à dire…

 

* Petite précision pour les plus jeunes d’entre vous : Yul Brynner est un acteur américain du temps reculé des films en technicolor sur bande qui passaient dans des cinémas, ces lieux où les gens se rendaient pour voir des films en bravant la nuit, le froid et la pluie, ainsi que la compagnie de leurs semblables, alors qu’on est si bien devant son microportable à mater un DVD.

De la motivation comme fil conducteur

13 novembre 2007

Aujourd’hui, peu de temps, parlons peu, mais parlons bien, parlons constructif.

C’est le temps de l’amour, le temps des copains et de l’aventure, peut-être, je ne dis pas, pour certaines. Mais c’est le temps des malades, des nuits sans sommeil et de l’aventure pour les autres, c’est à dire moi pour tout dire par exemple. Je compatis pour tous mes confrères de nuits éveillés et de journées comateuses.

Du coup, mon cerveau ne fonctionnant pas de manière tout à fait opérationnelle, j’ai organisé un petit jeu pour le détendre et le remotiver. Oui, c’est comme ça, j’organise des sessions de remotivation pour mes organes : un petit saut à l’élastique pour le coeur, un cinéma dynamique pour l’estomac… Il n’y a pas de raison que je les délaisse, les pauvres. Ils bossent bienet très beaucoup beaucoup et très bien, faut voir le travail que je leur impose.

Donc petit jeu pour mon cerveau, et hop, ouverture de l’oulipo. Au programme aujourd’hui, réécriture d’un titre extrait de la une du Monde sur la base d’un Np+13, A+13, Sm+13 et Sf+13. Cours de rattrappage ici.

Résultat :

Ni*colas Sar*kozy défend sa politique économique devant le Parlement européen devient

Erik Satie défend sa pollution édentée devant le paroissien évaluable.

Franchement, en ces temps d’obnubilation couchedozonesque et de paganisation joyeuse (ou non) de notre société, je ne sais pas lequel aura le plus de chance d’être crédible. Satie ? Je vote Satie : il a le double avantage cumulé d’être le créateur d’aires de repos pour cerveaux et oreilles harassés et d’être mort.

Bonjour tristesse

10 novembre 2007

Norman Mailer est mort.

Au cours d’une interview, en 2001, il s’attristait de la pauvreté intellectuelle qui s’étendait dans le monde occidental et déplorait : « Il n’y a plus personne avec qui se souler de nos jours ». A qui avait-il accordé cet entretien ? Je vous le donne en mille : à PPDA pour TF1. Le passage a été repris ce soir, sur la même chaîne.
Je ne sais pas si les programmateurs de TF1, qui venaient d’infliger Sous le soleil, puis une série de reportages sur les célébrités se sont sentis visés par Norman Mailer. Ils ont pu se dire : « ben avec toutes les infos de première importance que l’on transmet aux gens, pas de problème, ils trouveront toujours de quoi alimenter une soulerie conviviale ». Des infos de première nécessité, y a pas à dire, si j’en crois le programme. Jean-Claude Vandamme, Evelyne Thomas et Lolo Ferrari, voici donc les icônes de notre temps. De quoi faire avaler tout rond ensuite aux citoyens que pour augmenter le pouvoir d’achat, il suffit de faire baisser les prix (l’augmentation des salaires ne changerait rien à l’affaire ?), que personne ne peut baisser le prix des carburants et qu’il faut donc faire du vélo (pour le prochain conseil des ministres décentralisé devra-t-on prévoir un garage pour les cycles ?) et que si l’on marque des numéros au feutre indélébile sur les personnes réfugiées au camp de Dunkerque, c’est parce que c’est plus pratique.

Puisque le jury Nobel n’a pas fait à Norman l’insigne honneur de lui attribuer le prix de Littérature, laquelle de nos trois vedettes va-t-elle choisir de mettre en lumière et surtout, question subsidiaire, va-t-il falloir inventer une nouvelle catégorie ?

Enfin, je fais la maline à propos de TF1, mais sur France 3, les trente secondes consacrées à cet esprit éclairé ont été immédiatement suivies d’un reportage de plusieurs loooonnngues minutes sur le dernier album de Johnny.

Que l’on ne se méprenne pas, hein, je n’ai pas de mépris pour les gens qui aiment écouter Johnny ou regarder Sous le Soleil. Je me dis quand même qu’il est plus simple de balancer de la soupe prédigérée (beurkkk) que d’amener les gens à apprécier des auteurs de talent. Ah, mais oui, j’oubliais, la télévision, ranavoir avec la curiosité, avec l’esprit, avec l’envie de communiquer ou même de divertir, c’est avant tout du commerce ! Suis-je bête !

Norman Mailer, ce n’est pas barbant, ce n’est pas soporifique, ce n’est pas incompréhensible. Le Chant du Bourreau peut faire peur, de premier abord (et c’est un bien grand tort), mais Les Vrais durs ne dansent pas, là, franchement, il n’y a pas à hésiter, il faut plonger.

Goodbye fellow. Rassure-toi, il y a toujours des gens avec qui se souler en bonne intelligence, malgré tout. Tes petits pas d’homme ont fait faire un grand pas à l’humanité.

Scoop

9 novembre 2007

Top secret

 

(Merci à a n g e l de m’avoir fait découvrir ce site à haut potentiel hilaristique. Si si, je vous assure, même si mon exemple n’est pas très représentatif.)

Aphykitus magicus

5 novembre 2007

Tadam !

Me revoilà…

Pas mal, hein, pour une illusionniste amateur ?

Je suis parvenue à disparaître pendant une semaine sans que personne ne s’en émeuve ! Ce n’est pas notre cher séprident qui pourrait en dire autant…

Je me spécialise en tours de magie. Non seulement j’ai disparu pendant une semaine, mais j’ai réussi à passer près de dix jours en famille, période semée d’embûches en tout genre, sans occire aucun des membres de cette belle tribu : époux, enfants, tout le monde est revenu sain et sauf. Pourtant, je ne m’étais pas ménagé beaucoup de portes de sorties.

Connaissez-vous le Chat chapeauté ? Ben pour moi c’est pareil, je pourrais ajouter « mais attendez, ce n’est pas tout » ++ pour mes « vacances ». On débute par un mariage, puis séjour chez mes parents, deux jours dans un parc d’attraction, séjour chez mes beaux-parents, tout ça avec obligation de faire les devoirs et de s’entraîner au cornet.

Au final, ce qui restera, tout de même, c’est Mademoiselle Moizelle vautrée sur son père, dotée de lunettes 3D, essayant d’attraper les personnages animés, dansant au son de la musique omniprésente dans le parc et commentant les films à sa manière : « Oh ! La baneine ! » « Là, les canards » « Encore des canards » « Oooh ! C’est beau ».

C’était la minute d’autosatisfaction maternelle.

Ce matin, pour me permettre de parfaire mon entraînement d’illusionniste, les gentils manifestants avaient obligeamment allumé des feux sur tous les accès du rond-point qui dessert la maison de la fée assistante maternelle. Je me suis élancée entre deux rideaux de fumée du plus bel effet, roulant sur l’enrobé fondant, entre deux haies de pompiers brandissant balais et lances à eau. C’était magnifique !

En revanche je me suis loupée sur la téléportation : j’ai mis plus d’une heure et demi pour rentrer chez moi au lieu des huit minutes réglementaires. Je ne suis pas inquiète, je vais m’améliorer. N’oublions pas que je débute !

L’Empreinte

22 octobre 2007

Comment ai-je pu passer à côté ? Rater grossièrement un truc qui pourrait parler de pied ? J’ai dit pourrait, hein, je suis parfaitement au courant que beaucoup, beaucoup d’autres choses peuvent laisser des empreintes : le fessier dans le sable, la taie d’oreiller sur le visage, la bouche sur une oeuvre d’art, la carte bleue après passage dans le sabot…

Je plaisante : c’est une légende. Le développement durable m’intéresse au moins autant, sinon plus, que les pieds. Merci donc au Papa de Sigmund de m’avoir fait découvrir un moyen définitif de me saper le moral (ça tombe bien, j’en manquais en ce moment, la vie est trop fun) : le calcul de mon empreinte écologique ou comment prendre conscience que l’on est responsable et coupable pour les siècles des siècles, amen.

Je n’ai pas d’activité rémunérée. Remarquez bien, je n’ai pas écrit : « je n’ai pas de travail ». On se demande bien pourquoi. Comme je suis donc une feignasse qui se prélasse, j’ai le temps de me poser des questions importantes tout au long de la journée. Quelques exemples :

Pour m’essuyer les mains lorsque je suis amenée à les laver dans un lieu public, dois-je utiliser

  • une serviette en papier, sachant que le papier, même s’il est recyclé, c’est quand même de la pollution (fabrication, traitement, retraitement, incinération)
  • le sèche-mains électrique, qui n’est pas neutre non plus
  • mon pantalon, sachant que de toute façon je vais y venir puisque pas moyen de se sécher les mains correctement dans un lieu si fréquenté. La question est donc : pantalon juste humide ou complètement trempé ?

Mes enfants boivent de l’eau, mais comme nous ne sommes pas une famille intégriste, ils ont le droit, de temps en temps, de (attention, tadam, roulement de tambour) boire du soda. Ce n’est pas extraordinaire, une révélation pareille ? A partir de là, la question se pose :

  • acheter une grande bouteille, parce que les grands conditionnements, c’est bien connu, c’est meilleur pour l’environnement, mais en jeter la moitié ou forcer les enfants à boire 1,5 litre alors que 20 cl chacun leur suffit et du coup ne plus respecter la bible du PNNS à laquelle nous jurons chaque matin fidélité, même si ça oblige à manger du chou
  • acheter des canettes ou mieux des petites bouteilles (c’est plus joli, le soda est meilleur et le verre est 100% recyclable), mais pas souvent parce que ça coûte un max
  • fabriquer soi-même son soda avec le reste de betterave que les zaffreux n’ont pas voulu manger, violant ainsi allègrement leur pacte PNNS, parce que « c’est paaaas boooon ».

Ma vie n’est qu’une suite de questionnements existentiels.

C’est donc avec le doigt assuré que j’ai cliqué sur le lien qui devait m’amener à une remise en question importante.

J’ai trouvé d’emblée que ça commençait mal : à la première réponse, je me suis retrouvée dans la tranche des 36-50 ans, ratant de peu la section 21-35. Serait-ce à dire que l’on pollue plus lorsqu’on vieillit ? Ou, au contraire, que l’on pollue moins ? Et que la limite se situe à 35 ans et 6 mois ? Pour être sûre, j’ai refait le test en mentant sur mon âge vénérable. Je suis rassurée, ça n’a rien changé. J’en ai déduit finement que ça devait être une donnée statistique de fréquentation du site. Je ne suis pas détective amateur pour rien !

Je vous épargne la longue liste de mes questionnements au cours de ce test et je passe directement au résultat : 2,6. C’est à dire qu’il me faudrait 1,4 planètes pour vivre si je continue sur ma lancée. Je me sens moyennement coupable, remarquez, parce que les GO du site ont aimablement indiqué la moyenne nationale, soit 5,3. Ben quand même, je crois que je vais devenir végétarienne, même si je ne mangeais déjà pas beaucoup de viande, et puis, surtout, je vais arrêter de me laver les mains. Ou uniquement avec du sable. Ça tombe bien, j’habite pas loin d’une plage (environ 30 minutes à pied) et le peeling, ça rend la peau plus douce.

Comment se faire des amis ?

18 octobre 2007

Entre mon fils aîné et moi, il y a une entente tacite : je suis censée lui faire comprendre les relations sociales pour qu’il soit moins perdu dans notre société si prompte à la tolérance et à l’altruisme. Pour qui me connaît, savoir que je suis érigée en professeur de lien social, c’est risible. Bon OK, mais moi, je suis d’entre nous deux celle qui n’est pas autiste. C’est donc bien moi qui ait le plus de compétences en la matière… Et toc.

Aujourd’hui, jour propice à la leçon « comment se faire des amis ». Premièrement, s’équiper une tenue de haute protection, surtout sur la tête. Deuxièmement, fabriquer une pancarte « je soutiens la grève » (c’est bon aussi pour la psychomotricité fine, c’est toujours ça de pris). Troisièmement, descendre dans une gare de proche banlieue parisienne vers 7 h ou 8 h du mat (histoire de montrer qu’on fait également partie de la France qui se lève tôt) et brandir bien haut son panonceau.

Là, clairement, je dirais qu’il y a maltraitance. Du coup, je vais essuyer les plâtres moi-même, pour qu’on ne m’accuse pas d’instrumentaliser mon doux enfant au regard innocent. Je vais donc vous exposer en quelques points pourquoi je ne râle pas contre les grévistes. J’évite ainsi la saturation de la boîte à com de la pourfendeuse de grévistes en chef du moment. De rien, c’est naturel que je reçoive la réprobation générale, voire la natème (je sais que ça ne s’écrit pas comme ça, mais je le préfère ainsi pasque ça rime avec crème. Comment ça, anathème aussi ?), sur mon propre blog.

Bon zalors je n’ai pas le temps de bien argumenter en trois parties et trois sous parties (deux de chaque pour les étudiants en droit), mais je complèterai au besoin si la discussion s’engage… Je fais donc bref.

1) Je pense qu’il est nécessaire de repenser le système de retraite, mais

2) Je suis persuadée que tous les emplois ne se valent pas en terme de fatigue et d’usure. Il me paraît donc normal que des régimes spéciaux de retraite existent.

3) Je trouve normal que des gens qui ont été engagés sur des conditions de travail données voient leur contrat de travail honoré par leur employeur, surtout si lesdites conditions ne sont pas extravagantes, comme quinze millions en stock-options avec possibilité de délit d’initié (enfin là je divague, ça ne peut pas exister).

4) Que les emplois aient changé depuis quelques années ne fait pas de doute. Il serait donc plus constructif d’étudier quelles professions aujourd’hui devraient bénéficier de telles dispositions. Or je n’ai pas entendu parler de négociations en ce sens. Le projet de loi est prévu pour annuler tous les régimes spéciaux et pour aligner tous les secteurs sur un même système, ce qui est beaucoup plus facile ensuite, pour, dans un second temps, modifier d’un coup l’ensemble et favoriser les assurances privées qui n’attendaient que ce marché juteux pour remercier leur grand ami. Le souci, c’est que vu le pouvoir d’achat moyen actuel, je ne connais pas beaucoup de gens qui pourront cotiser pour leur retraite. Nous verrons bientôt nos vénérables ancêtres au travail ou à mendier jusqu’à la mort pendant que d’autres joueront au golf en épuisant nos dernières ressources d’eau potable pour arroser leurs greens. Ou encore, (je vais encore me faire des amis) les enfants des baby-boomers s’épuiser au travail pour financer les retraites (à raison d’un salarié cotisant pour un retraité) sans pouvoir jamais escompter un jour avoir le droit de s’arrêter.

5) Les entreprises privées, le MEDEF en particulier, ont beau jeu d’avancer les 40 ans de cotisations et la retraite à 60 ans alors que presque tous les seniors sont licenciés avant ce bel âge et que c’est l’ASSEDIC qui complète les années dues pour bénéficier de la pension. La moyenne de départ en retraite dans le privé est de 56 – 57 ans. Le reste, puisque les pauvres dirigeants de grosses entreprises ne peuvent l’assumer, est pris en charge par la collectivité, donc. On prône ici l’égalité, mais l’égalité, sans la justice, n’est qu’une arme de plus pour l’asservissement des peuples. Imaginez que tout le monde paie le même impôt, quel que soit son niveau de revenu, genre 600 euros pour tout le monde, le Rmiste comme le millionnaire ? Ça existe ? Mais oui, c’est vrai, ça existe : la TVA, ça s’appelle. Bientôt, pour que ça fasse plus chic, on dira même TVA sociale. Cool, c’est ça le progrès !

6) Il s’agit clairement depuis quelques années de nous désigner un bouc émissaire donné, en l’occurrence la fonction publique parce que l’immigration et les zétrangers on peut un piti peu mais trop c’est interdit. Je ne suis pas adepte, loin s’en faut de la théorie du complot, mais la mesure annoncée fait partie d’un programme global de réforme de la société vers un demain qui sent mauvais (à mon nez, hein, c’est une opinion personnelle là encore). La dépénalisation du droit des affaires, le bouclier fiscal, le quota de reconduite à la frontière, le fichage, la répression à tout va et la fin de la prévention en font notamment partie. Le tout est soigneusement préemballé dans du choli papier doré qu’il est très difficile d’oublier tellement il éblouit (c’est rigolo à répéter comme phrase. Non ? Non). Comment peut-on faire croire aux gens que l’on va réduire de moitié la fonction publique et que tout ira beaucoup mieux qu’avant, alors que lorsque la moitié des fonctionnaires du transport ne travaille pas, tout déraille ? Impossible ? Impossible n’est pas Sar*ko, apparemment…

Alors, oué, la grève, ça fait suer, mais si ça ne dérange pas, une grève, ça ne sert à rien. Yakavouar les grèves d’étudiants… Le problème, c’est que ça risque de braquer les concitoyens. Ou alors, faisons comme certains gros propriétaires terriens en colère : mettons le feu à des monuments historiques ou à des préfectures. Apparemment, pas de retombées judiciaires, même pas un petit prélèvement ADN. Tout le monde a l’air de trouver ça parfaitement normal…

Une petite touche culturelle pour terminer : lisez, si vous ne l’avez pas encore fait, l’excellente BD V pour Vendetta (ou le film pour ceux qui préfèrent les images qui bougent). On y voit comment, à force d’accepter ce qui paraît de petits renoncements à la liberté, à la justice, aux droits de l’homme, on en arrive à une société dénuée d’âme.

Si je compte bien, j’ai dû me mettre à dos la quasi totalité de mes compatriotes, pas mal pour un jeudi.

Ce n’est pas mon genre de râler, alors je ne fais pas plus et demain je parle de chocolat et du jouli nhirocéros que j’ai vu dans les nuages aujourd’hui.

qrscfsrehè-(à@ !

16 octobre 2007

Message à l’attention de MM. Puieazori, zeizoiejnfjie, hujduiejdu, wvxbwve, fiileojfohe et autres leoiukjehrohsdh.

Messieurs,

J’accuse, par la présente, réception de vos messages sur mon blog unipersonnel à responsabilité limitée. Je comprends que vous souhaitiez faire entendre votre voix par le biais de cet amplificateur d’opinion réputé dans le monde entier et plus si affinités. Vous devez vous sentir bien seuls pour tenter aussi souvent d’entrer en contact avec moi. Je m’aperçois également que la langue doit être un barrage supplémentaire pour votre socialisation, puisque vous réagissez principalement sur les posts qui incluent quelques mots d’anglais. Je tiens toutefois à porter à votre connaissance la faiblitude extrême de mes aptitudes dans la langue de Bush (pas l’Australien, l’Etatsunien), même si je suis réputée capable d’avaler un bretzel sans m’étouffer et ce, grâce à un entraînement de tous les instants.

Vos commentaires sont certainement d’un intérêt extraordinaire pour l’avenir de l’humanité et le prochain bouquin de Karl. Je me vois cependant contrainte de vous avertir que mon ordinamoteur est doté par obligation d’une frontière extrêmement bien gardée par la brigade anti-spam. Nous vivons à présent dans un pays où la fantaisie est particulièrement mal vue, surtout depuis quelques mois. Les projets originaux qui consistent à vouloir modifier des éléments anatomiques, notamment, sont rejetés sans discussion possible. Je suis moi-même fichée et surveillée en raison des propos subversifs que j’ose parfois tenir sur ce dernier espace de liberté. Ceux sur le bronzage des pieds non réglementaire et sur le grand guru de la pensée moderne, Karl, ont été censurés. Je suis à présent contrainte d’utiliser un code secret pour faire entendre ma voix. Malgré ma bonne volonté, je ne puis répondre favorablement à vos demandes d’accès. Voilà pourquoi je vous suggère de vous adresser à des interlocuteurs qui, en plus de comprendre votre langue, pourraient être intéressés par vos propositions.

En espérant que vous trouverez rapidement un débouché pour vos produits, je vous prie d’agréer, Messieurs, l’assurance de ma haute considération.

Aphykit

La tentation selon saint Guidon*

15 octobre 2007

Des fois, franchement, je culpabilise un max.

Ils se mettent en quatre (ou à douze) pour me faire plaisir et je les boude… Ils me parlent de voyage, de rêve, d’évasion et je les ignore.

La Re*doute me promet ainsi dix jours de bonheur. Alors je cherche, je cherche sous le site, tous les moments de bonheur. Je ne trouve que « Femme », « Lingerie », « Fille », « Garçon », « Homme », « Linge de maison », « Grandes tailles », « Marques mode ». C’est évident, je suis heureuse d’être une femme, heureuse avec (ma) fille, (mes) garçons, (mon) homme… (j’utilise le possessif uniquement pour identifier clairement les personnes évoquées, qu’on ne se dise pas que je suis heureuse avec tous les hommes, toutes les filles, tous les garçons…). J’avoue cependant que ma lingerie ou mon linge de maison me laissent un peu indifférente. Pourtant, je m’affiche clairement pour le respect et la diversité. Suis-je normale ?

Une chance avec le « bonheur du jour surprise » ? Déception : jusqu’à 30% sur l’électroménager. Vert Ba*udet surenchérit en m’offrant les frais de livraison. Est-ce à dire qu’ils ne vont pas payer le livreur ? Han, le pauvre. A sa place, je ferais grève, quand même.

Edit du 16 octobre : Désespoir. La Déroute, qui n’a jamais aussi bien porté son nom, m’annonce que les petits bonheurs ne sont pas éternels… Misère.

*Merci à la vulgarisation en ligne. Clique ici.

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